Chlordécone et autres pesticides : Santé publique France présente aux Antilles de nouveaux résultats

La chlordécone, pesticide toxique pour l’homme et qui entraîne une pollution durable des eaux et des sols, a été utilisée dans les bananeraies aux Antilles de 1972 à 1993. Depuis 2004 et notamment à travers les actions des différents plans chlordécone, Santé publique France et l’Anses mènent des travaux pour améliorer les connaissances sur l’exposition des populations antillaises à ce pesticide et les risques sanitaires potentiellement associés.

A l’occasion du colloque scientifique et des journées de restitution publique sur la pollution à la chlordécone qui se tiennent en Martinique puis en Guadeloupe du 16 au 19 octobre, Santé publique France présente plusieurs résultats d’études relatives à l’exposition alimentaire de la population générale à la chlordécone, à l’imprégnation des populations à la chlordécone ainsi qu’à d’autres substances de l’environnement, et la surveillance du cancer de la prostate. Organisé avec l’appui du Groupe d’orientation et de suivi scientifique (GOSS) du plan national d’action chlordécone, ce colloque rassemblera près de 200 experts pendant 2 jours. Scientifiques, acteurs institutionnels, professionnels et associatifs  participeront à des travaux et des ateliers scientifiques visant à faire le point sur les avancées de la recherche dans ce domaine, à confronter les solutions et à identifier les nouveaux axes de recherche. Le colloque se clôturera par deux  journées de débat ouvertes à tous, pour échanger avec la population sur les résultats des travaux scientifiques.

Les résultats des études présentées par Santé publique France portent :

  • d’une part sur l’exposition de la population antillaise à la chlordécone et à d’autres pesticides ;
  • d’autre part sur les indicateurs de surveillance du cancer de la prostate.

Exposition alimentaire et imprégnation sanguine

L’exposition alimentaire et l’imprégnation sont deux volets de l’enquête Kannari.

Le volet alimentaire, piloté par l’Anses [lien], montre que la contamination des aliments par la chlordécone, l’exposition alimentaire et le risque sanitaire qui en découlent sont très variables et dépendent notamment des aliments et du circuit d’approvisionnement dans les zones contaminés. Cette étude permet également d’identifier de déterminer les aliments et les circuits d’approvisionnement qui contribuent le plus à l’exposition.

Le volet imprégnation de la population adulte par la chlordécone et d’autres pesticides, piloté par Santé publique France, indique que l’imprégnation sanguine chez les adultes par la chlordécone est généralisée (ce pesticide est détecté chez plus de 90 % des individus) mais contrastée : 5 % des participants ont une imprégnation au moins dix fois plus élevée que l’imprégnation moyenne. Autre résultat important : si depuis 2003, on observe une diminution de l’imprégnation par la chlordécone pour la majorité de la population, le niveau des sujets les plus exposés ne diminue pas.

Exposition des travailleurs agricoles de la banane

Évaluer l’exposition des travailleurs agricoles à la chlordécone et à d’autres pesticides était l’objectif de l’étude Matphyto-DOM réalisée par Santé publique France et financée en partie par le plan Écophyto. Cette étude a documenté rétrospectivement, en partant de trois sources de données, les expositions des travailleurs agricoles de la banane à tous les pesticides utilisés depuis 1960 dans cette culture, dont la chlordécone.

Selon cette étude, la grande majorité des travailleurs agricoles dans les bananeraies antillaises ont été exposés à la chlordécone à l’époque où ce pesticide était utilisé (77 % en 1989). Par ailleurs, les travailleurs de la banane aux Antilles sont encore exposés aujourd’hui à d’autres pesticides ayant également des effets potentiellement nocifs pour la santé.

Santé publique France et l’Inserm ont reconstruit, à partir d’archives et de données récentes, la cohorte des travailleurs de la banane. Cette cohorte, aujourd’hui composée de plus de 13 000 travailleurs, permet d’étudier l’état de santé de cette population très exposées à divers pesticides.

Surveillance épidémiologique du cancer de la prostate aux Antilles

L’étude sur les indicateurs de la surveillance épidémiologique du cancer de la prostate aux Antilles est le fruit d’une collaboration de Santé publique France, avec l’Institut national du cancer, les Hospices civils de Lyon et le réseau français des registres des cancers Francim.

Le principal message est que les taux d’incidence du cancer de la prostate en Guadeloupe et en Martinique se situent parmi les plus élevés au monde.  Un résultat à rapprocher de la situation d’autres îles de la Caraïbe et de la population américaine et britannique d’origine africaine. Cependant, l’analyse spatiale de la distribution des cas de cancer de la prostate en Martinique ne montre pas d’excès dans les zones contaminées par la chlordécone.  Le rôle d’autres facteurs de risque expliquant ce taux élevé de cancer de la prostate reste à étudier.

Et demain ?

La suite des travaux permettra de suivre l’évolution des expositions à la chlordécone et autres pesticides aux Antilles afin de mesurer l’efficacité des politiques publiques visant à réduire les expositions. En réponse à ces résultats, les recommandations alimentaires faites auprès de la population vont être actualisées afin d’aider les citoyens à réduire leur exposition.

Les plans chlordécone I (2008-2010) et II (2011-2013)

En réponse aux préoccupations exprimées par la population concernant les effets de la pollution par la chlordécone en Martinique et en Guadeloupe, le gouvernement français a mis en place d’importants moyens pour répondre à cette situation de pollution avec les plans chlordécone I et II.

A travers ces deux plans, l’action de l’État et de ses opérateurs s’est principalement déployée dans cinq directions :

  • L’amélioration des connaissances : caractéristiques de la molécule, caractérisation de la pollution et de son évolution, effets de l’exposition à la chlordécone sur la santé des personnes et études épidémiologiques, caractérisation de l’exposition des populations.
  • La protection des populations à travers des plans de contrôle du respect des normes de contamination des denrées alimentaires ;
  • Le développement et le renforcement de moyens régionaux de mesure (laboratoires d’analyse) ;
  • La sensibilisation de la population.

Le plan chlordécone III (2014-2020)

Dans la continuité des deux premiers plans, ce plan a pour objet de poursuivre les actions engagées pour protéger la population (surveillance et recherche) mais aussi d’accompagner les professionnels fortement impactés par cette pollution. Le plan chlordécone III comprend quatre axes :

  • l’élaboration d’une stratégie de développement durable afin d’améliorer la qualité de vie des populations et de permettre la modification rationnelle des comportements.
  • le deuxième axe favorise une approche de prévention du risque sanitaire et de protection des populations dans une stratégie de réduction de l’exposition.
  • le développement d’actions de recherche en santé humaine, santé animale, environnement (air, eau, sols, plantes) et sciences humaines, économiques et sociales ;
  • accompagnement des professionnels de la pêche et de l’agriculture dont l’activité est impactée par cette pollution.

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