Exposition aux pesticides arsenicaux des travailleurs agricoles de la vigne

Qu’est-ce que les dérivés arsenicaux ?

Les dérivés minéraux de l’arsenic (arséniate de plomb, de calcium, arsénite de sodium…) sont des pesticides qui ont été utilisés sur différentes cultures agricoles jusqu’à leur interdiction en 1973. Après cette date, et jusqu’en 2001, seul l’usage de l’arsénite de sodium en viticulture était autorisé. Cette substance était pulvérisée sur les pieds de vigne pour traiter certaines maladies du bois. Les dérivés arsenicaux sont classés comme cancérogènes certains par le Centre international de recherche sur le cancer et par l’Union Européenne. Ils sont susceptibles de provoquer des cancers variés (poumons, vessie, peau) avec un temps de latence entre l’exposition et la survenue de la maladie souvent très long (en moyenne 20 à 40 ans).

Une étude rétrospective de Santé publique France fournit les premières données précises de prévalence

Une étude datant de 1999 estimait à 25 920 le nombre total de travailleurs exposés à l’arsenic et ses composés de 1990 à 1993 en France. Cependant, cette estimation était indirecte (extrapolation à partir de données d’autres pays).  Afin de connaître plus précisément le nombre de travailleurs exposés aux dérivés arsenicaux en France, une évaluation rétrospective a été réalisée par Santé publique France dans le cadre du projet Matphyto.

À travers la construction d’une matrice cultures expositions (MCE) vigne-pesticides arsenicaux, le projet Matphyto a évalué l’utilisation des dérivés arsenicaux en viticulture en France métropolitaine et a déterminé une prévalence d’usage de ceux-ci de 1945 à 2001, date de leur interdiction. Cette prévalence d’usage a permis d’estimer la prévalence d’exposition aux pesticides arsenicaux, qui varie de 20 à 35 % chez les personnes présentes au sein des exploitations professionnelles viticoles. Le croisement de cette matrice avec les recensements agricoles de 1979, 1988 et 2000 a fourni un nombre d’exposés aux pesticides arsenicaux parmi les travailleurs viticoles pour chaque année du recensement, ainsi qu’un descriptif (âge, sexe, temps de travail, etc.) de cette population.

Ces travaux permettent d’estimer que, sur les périodes étudiées (1979, 1988 et 2000), entre 60 000 et 100 000 personnes ont travaillé sur des exploitations agricoles utilisant des pesticides arsenicaux pour le traitement de la vigne. Ces personnes travaillaient dans des exploitations viticoles ayant utilisé, d’après la MCE vigne-pesticides arsenicaux, près de 15 kg d’arsenic en 1979, 18,4 kg en 1988 et 26,8 kg en 2000. Ces chiffres sont des quantités moyennes d’arsenic utilisées par exploitation ; l’augmentation de ces quantités n’est pas due à une augmentation de la dose par hectare mais à une surface moyenne de vigne par exploitation qui augmente : 4,2 ha en 1979, 5,3 ha en 1988 et 7,6 ha en 2000.

De telles données permettent la mise en place d’une prévention secondaire et tertiaire ciblée sur la population identifiée, notamment pour éviter le développement ou l'aggravation de certains cancers induits par les dérivés arsenicaux, en agissant à un stade le plus précoce possible. La survenue de toute pathologie listée dans le tableau n°10 du régime agricole doit inciter les patients et le corps médical à rechercher une éventuelle cause professionnelle à cette maladie et à envisager une éventuelle réparation au titre de la reconnaissance en maladie professionnelle.

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