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Association entre maladie de Parkinson et secteurs d'activité : une étude écologique nationale

Association of Parkinsons's disease with industry sectors: a French nationwide incidence study

Le rôle des expositions professionnelles dans la survenue de certaines maladies est un sujet nourri par de nombreuses études depuis quelques années. C’est notamment le cas de la maladie de Parkinson dont l’étiologie est complexe, relevant à la fois de facteurs génétiques et environnementaux. Si le rôle de l’exposition aux pesticides dans le risque de développer cette maladie est bien connu, d’autres substances telles que les métaux ou encore les solvants pourraient également entraîner un risque accru de développer cette pathologie. L’approche tenant compte des secteurs d’activité est une approche traditionnelle en épidémiologie et plus spécifiquement en santé travail. C’est cette approche qui a été utilisée dans le cadre de l’article paru ce mois-ci dans la revue European Journal of Epidemiology.

3 questions à Tim Vlaar, direction santé travail

Pouvez-vous décrire la démarche qui vous a permis d’étudier l’association entre la maladie de Parkinson et des secteurs d’activité ?

Nous avons réalisé une étude écologique consistant à rechercher des associations entre des secteurs d’activité et l’incidence de la maladie de Parkinson, en ayant recours à trois sources de données existantes. Dans un premier temps, nous avons calculé le nombre de cas incidents de maladie de Parkinson entre 2010 et 2014 dans chacun des 3689 cantons de France métropolitaine (N=112 625). Le nombre de cas incidents par canton variait de 0 (pour 12 cantons) à 2828 cas, il était en moyenne de 19 cas. Les cas de maladie de Parkinson ont été identifiés à partir des données anonymes de remboursements de médicaments antiparkinsoniens du Système national de données de santé (SNDS) à l’aide d’une méthode validée et décrite dans une publication antérieure (1).

Il s’agissait alors d’identifier des situations professionnelles potentiellement à risque pour la maladie de Parkinson. Pour cela, nous avons étudié l’association entre la proportion de travailleurs dans 38 secteurs d’activité couvrant toutes les activités existantes (secteurs identifiés à partir des données du recensement de 2006 de l’Insee) et l’incidence de la maladie de Parkinson. Nous avons utilisé une approche statistique spécifique (régression hiérarchique) permettant notamment de prendre en compte la multiplicité des tests statistiques et l’information sur l’exposition aux pesticides, aux solvants et aux métaux selon les secteurs d’activités obtenue via l’enquête Surveillance médicale des expositions aux risques professionnels (Sumer) 2010 réalisée par la Dares et la Direction générale du travail.

Votre étude retrouve une association entre la maladie de Parkinson et le secteur d’activité Agriculture, Sylviculture et Pêche. Quels sont les autres secteurs qui ressortent de votre étude comme étant associés à une plus forte incidence de la maladie de Parkinson ?

Nous retrouvons une incidence plus élevée de la maladie de Parkinson dans les cantons caractérisés par une proportion importante de travailleurs dans trois secteurs : « Agriculture, sylviculture et pêche » (+4,2%), « Fabrication de textiles, industries de l'habillement, du cuir et de la chaussure » (+2,4%), et « Métallurgie et fabrication de produits métalliques » (+2,4%).

L’association avec le secteur de l’agriculture, caractérisé par une exposition importante aux pesticides, était en effet attendue ; de nombreuses études ont montré que l’exposition professionnelle aux pesticides, la profession d’agriculteur, ou encore l’habitat en milieu rural étaient des facteurs de risque pour la maladie de Parkinson.
En revanche, les associations avec les secteurs de l’industrie textile d’une part et de la métallurgie d’autre part n’avaient pas encore été mises en évidence dans le contexte français. Les explications possibles permettant de comprendre les associations observées pourraient être l’exposition aux solvants ou aux endotoxines pour l’industrie textile, et aux métaux pour la métallurgie. Toutefois, la précaution s’impose dans l’interprétation de ces résultats, notre approche écologique ne permettant pas de démontrer des liens de causalité.

Quelles enseignements tirez-vous de ce travail pour la santé publique et quelle suite allez-vous y donner ?

Cette étude nationale permet d’identifier des secteurs d’activité ou situations professionnelles potentiellement à risque pour la maladie de Parkinson. Seules des études spécifiques à partir de données individuelles, telles que des études de cohorte ou cas-témoins, permettront de confirmer nos résultats et de mieux comprendre les expositions qui pourraient être impliquées.

Santé publique France mène des projets sur les maladies neurodégénératives, en collaboration étroite avec l’Inserm. Dans ce cadre, les suites de notre travail seront de mieux comprendre le rôle des expositions aux métaux et solvants dans la maladie de Parkinson. Pour cela, d’autres sources de données comme celles sur les émissions de polluants dans l’air seront utilisées.

Par ailleurs, nous allons réaliser une étude similaire à partir des secteurs d’activité pour une autre maladie neurodégénérative, la sclérose latérale amyotrophique. En effet, des études suggèrent un lien entre certaines expositions professionnelles, notamment au plomb, et cette maladie.

En savoir plus :

1 Vlaar T, Kab S, Schwaab Y, Fréry N, Elbaz A, Moisan F. Association of Parkinson's disease with industry sectors: a French nationwide incidence study. Eur J Epidemiol 2018 May 5. doi: 10.1007/s10654-018-0399-3. [Epub ahead of print]