Introduction – L'objectif de cette étude était d'actualiser l'épidémiologie de l'insuffisance cardiaque (IC) en France en 2022. Méthodes – Les adultes hospitalisés pour IC en 2022 ont été identifiés dans le Système national des données de santé (SNDS) à partir des diagnostics hospitaliers codés dans le Programme médicalisé des systèmes d'information, volet médecine chirurgie et obstétrique (PMSI-MCO), et suivis pendant un an. Le premier séjour de l'année a été conservé comme l'hospitalisation index. La prévalence de l'IC a été estimée en combinant les données d'hospitalisation et les prises en charge à 100% pour une affection longue durée associées à une IC. Les patients et leur séjour hospitalier ont été décrits sur la base des informations sociodémographiques et médicales disponibles dans le SNDS. Les taux dans la population française ont été calculés à partir des estimations de population produites par l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee). Résultats – En 2022, 181 178 adultes ont été hospitalisés pour une IC en France, soit un taux brut de 339,3/100 000 habitants, et 1 376 692 cas prévalents d'IC ont été comptabilisés, soit une prévalence estimée de 2,6% dans la population adulte. L'âge moyen au moment de l'hospitalisation était plus élevé chez les femmes (83,3 ans) que chez les hommes (77,7 ans), parallèlement à des taux moins élevés chez les femmes que chez les hommes (318,0/100 000 vs 362,7/100 000). Le taux d'hospitalisation était 1,6 fois plus élevé chez les personnes résidant dans les communes les plus défavorisées socio-économiquement par rapport à celles vivant dans les communes les moins défavorisées. Les départements des Hauts-de-France, La Réunion, et certains départements de Normandie et du Grand Est présentaient des taux beaucoup plus élevés que les autres départements. La durée moyenne de l'hospitalisation pour IC s'élevait à 10,6 jours. Au total, 17,6% des patients étaient admis en unité de soins intensifs cardiologiques (USIC) et 4,0% en réanimation. La létalité était de 10,2% à l'hôpital, 12,4% à 30 jours, 26,5% à 6 mois et 34,0% à 1 an. Seulement 20,1% étaient admis en soins médicaux et de réadaptation (SMR) dans les 6 mois et 47,9% des patients vivants à 1 an recevaient une combinaison IEC/ARAII et bêtabloquants. Conclusion – Le nombre important de personnes hospitalisées pour IC, la variation du taux correspondant selon les départements et le contexte socio-économique nécessitent une prévention cardiovasculaire générale plus ambitieuse en particulier dans certains territoires et une adaptation importante de l'offre de soins (premier recours, SMR, etc.). Le devenir des patients à court-terme pourrait être amélioré par une optimisation de la prise en charge avec un meilleur suivi des recommandations et un suivi plus rapproché prenant en compte le contexte social des patients.
Auteur : Gabet Amélie, Blacher Jacques, Pousset Françoise, Grave Clémence, Lailler Grégory, Tuppin Philippe, Saadi Malika, Cohen Ariel, Logeart Damien, Isnard Richard, Olié Valérie
Bulletin épidémiologique hebdomadaire, 2025, n°. HS, p. 39-50